samedi 15 mars 2008, par Xavier
Quelle poésie juste dans ces deux mots "rebrousser chemin", quelle imagination ça déclenche...
Ah ! Il devait être sur un sentier de montagne en plein vent, de la neige jusqu’au cou et là malgré la proximité du refuge, il a du rebrousser chemin ayant oublié son tome 2 de Millenium pour le soir. Ou, face aux hordes armées, aux dragons à queue pointue, aux chevaliers à l’armure clinquante, il a rebroussé chemin ayant oublié le dernier CJ Box sur la table d’entrée. Ou encore, il montait tranquillement par les gorges de la Bourne, il venait juste de dépasser Choranche, il s’attendait à rattraper comme tous les matins la camionnette d’Arlette et Emile, lorsqu’une soudaine tempête de neige déposa 15cm sur la fine couche de bitume, il rebroussa chemin se souvenant du libraire de "La Petite Chartreuse".
Juste imaginer que l’on puisse littéralement re-broussailler un chemin, ne pas laisser de traces de pneus dans une neige étrange aux formes perfides, ne pas laisser de brins d’herbes courbés sous les semelles des godillots, ne pas laisser de page cornée dans les marges d’un livre au papier si doux, ne pas laisser de souvenirs dans les esprits, ne pas laisser une seule feuille de salade, un seul carré de chocolat, garder une seule image du monde, juste regarder et sentir le vent.
J’ai souvent cette image en tête d’un homme qui efface ses propres traces dans ces drôles instants de silence que sont les averses de neige. Envie de se poser là, attendre, écouter le flottement léger des flocons, voir disparaître les formes du paysage et au milieu de ce grand rien, de ce coin solitaire, il y a quelqu’un, seul.
C’est l’émotion. Celle suscitée par l’incroyable récit de John Krakauer sur la vie de Christopher McCandless dans "Voyage au bout de la solitude". Et retrouvée dans le film magnifique de Sean Penn. Quel sourire sur la photo de fin, quel sourire.
Mais aussi, c’est l’émotion d’être arrivé sain et sauf à la goule noire pour décider de retourner à la maison. Parce qu’on a qu’une vie, que je n’ai qu’une camionnette, que j’aime le Vercors et puis c’est tout.