mercredi 19 décembre 2007, par Xavier
Bon. Comme ça, là, ça peut paraître des températures assez sévères. Mais parfois là-haut il fait moins que -20°C. Beaucoup me diront (je vous entends déjà) : "Bein alors, c’est ça la montagne", et de passer devant le banc avec un grand sourire pour se rendre chez l’indispensable primeur. D’autres (les amoureux du grand dehors) : "J’aime ce froid sec, c’est bien meilleur que l’humidité, celle qui rentre par tous les espaces des pulls". Et de s’en aller après avoir tapé la causette. Les pisteurs : "Bonnn brrrr jourrrr brrrr" emmitouflés dans 3kg d’anoraks. Allant d’un point (chauffé) à un autre point (chauffé).
Et notre libraire. Il est parti à 6H00 dans la nuit. Il a gravi la route des Ecouges (pour pas se payer les malades qui descendent par Sassenage et doublent dans les virages), où il n’y a de place que pour son Ford Transit. Il a disposé tout son banc par -20°C ce matin à partir de 7H30 (donc dans l’air "frais" du matin). Il n’a pas de chauffage à main (il devrait). Il a bossé une bonne heure pour étaler un banc de libraire agréable et organisé. Et voilà. Il est fier de ce boulot simple mais méthodique. Minuscule en apparence mais savamment préparé en pensant à vous, Mesdames Messieurs les lecteurs-acquéreurs de livres !
Alors, s’il vous plaît, arrêtez-vous sur son banc même s’il fait encore -16°C à 11H et que le soleil réchauffe enfin le parking du marché. Au moins pour lui faire plaisir. Il n’en demandera pas plus.
Je ne me morfonds point de mon métier, loin de là. J’aime être dehors avec ces livres. J’aime venir en montagne et prendre une heure pour les étaler sur mon banc. J’aime quand il fait -20°C, quand il pleut des cordes, quand un orage d’été balaye la place, quand il neige, quand il fait grand soleil. Et même, quand je vois qu’il va faire mauvais aux nuages qui obstruent le Vercors, je me dis "Ca va pas être facile aujourd’hui" (en général je rajoute un ou deux jurons) et intérieurement un grand bonheur m’habite de savoir que ça, on ne pourra jamais le maîtriser et que pourtant j’y vais.