Les coincidences de ce nouveau roman de Joseph Boyden avec les personnages d’Après la mousson de Selina Sen m’ont tout d’abord troublées. Et puis, finalement, l’appel du grand nord canadien a eu raison de moi !
Je remercie encore Francis Geffard, qui dirige la collection Terre d’Amérique chez Albin Michel pour avoir découvert Joseph Boyden ! C’est un bonheur.
Il s’agit d’une ville indienne cree au nord de l’Ontario au Canada. Will, pilote de la forêt et buveur invétéré, est dans le coma, il raconte des éléments de sa vie au lecteur.
Annie, l’une de ses nièces, lui rend visite régulièrement à l’hôpital de la ville. Après plusieurs mois d’errance urbaine entre Montréal et New York à la recherche de sa soeur, elle est rentrée marquée par les épreuves de la vie.
L’histoire est menée en alternance par Will et Annie. Le puzzle des évènements passés se constitue peu à peu, chapitre par chapitre. Chacun aura un accompagnateur, une sorte de personnage insaisissable, qui aidera Will et Annie à aller jusqu’au bout de leurs peurs, pour passer à autre chose.
Annie se coltine Gordon, sorte de protecteur, muet, abîmé et endurci par la survie permanente. Les liens se tisseront.
Will a son ourse. Une vieille ourse rabougrie, dont il s’occupera comme il aimerait que l’on s’occupe de lui au même âge.
"Mon ourse connaissait la vibration de mon corps. Elle savait quand j’étais seul et quand je ne l’étais pas. Elle savait quand j’étais tendu ou décontracté. [...] Et alors que le soleil de fin d’été se couchait à l’horizon, prêt à dormir pendant cinq heures, je buvais et je m’imaginais à chaque fois mon ourse assise à côté de moi dans son fauteuil. Nous discutions."
Toute l’histoire tourne autour de Suzanne, la soeur d’Annie, disparue avec un des frères Netmaker, famille peu appréciée mais incontournable à Moosonee. Annie et Will qui semblent n’avoir aucun point commun au départ, tous deux à la recherche ou la défense de Suzanne, sont finalement très proches et semblables. Deux indiens grands connaisseurs de la forêt, de la neige, des animaux et de la chasse. Deux passionnés par la nature et grâce à laquelle ils trouveront une source réparatrice et bienfaisante, une nature qui les délivrera.
Joseph Boyden réussit encore de l’excellent ouvrage. On espère pour Will, on tremble pour Annie, on s’inquiète pour Suzanne, on apprécie la mesure de Gordon, on attend Antoine.
Chez Boyden, les indiens boivent et se droguent mais n’ont rien perdu du fond de leurs traditions et de leurs croyances, comme une sécurité. Les cités nord-américaines sont sombres, humides, souvent sales. La vie occidentale des blancs sans profondeur ni espoir, parfaitement exsangue. Et la forêt immense, imprenable, magnifique.
Les saisons de la solitude
par Joseph Boyden
Editions Albin Michel
Août 2009
9782226193995 / 22,90€
Autres ouvrages de Joseph Boyden :
Le chemin des âmes / Albin Michel / Mai 2007
9782226186676 / 22,50€
Là-haut vers le nord / Albin Michel / Mars 2008
9782226182395 / 20€
Site sur Joseph Boyden (par l’éditeur anglais de l’auteur)
Site des éditions Albin Michel