Au coeur du Nouveau-Mexique, le vieux John Vogelin possède un ranch familial entre montagnes et déserts. Un lieu où l’espace, les animaux sauvages et le soleil sont les compagnons de ces "derniers" cow-boys. Alors que son petit-fils vient l’aider pour les vacances, Vogelin doit faire face à l’US air force qui souhaite étendre son champs de tir de missiles en annexant notamment son ranch. Mais John Vogelin n’est pas prêt à céder le domaine qui représente toute sa vie. L’affrontement inévitable se prépare.
Traduit pour la première fois en français, ce roman d’Edward Abbey est tout bonnement remarquable. Grands espaces, ciels immenses et chevaux, le sel de la vie simple des déserts américains emporte par la force de son appel. Avec les yeux d’un enfant, révélant déjà le caractère bien trempé de son grand-père, le lecteur voit cet homme à la fois grandiose et sincère défendre son dernier carré comme un vieux cougar solitaire. Et en compagnie de ce vieil homme face à son destin vous ne renoncerez pas avant la dernière page, car que reste-t-il de votre liberté quand on vous a tout pris ?
On connaît déjà Abbey pour son génial « Le gang de la clef à molette » (même éditeur), fable contemporaine et polar écolo dont le cadre est déjà l’ouest américain. Les héros tentent de lutter à leur façon contre la progression du monde moderne dans le désert (un désert c’est inutile, c’est bien connu, d’ailleurs rien n’y pousse !). Personnages hauts en couleur et paysages rudes aux roches colorées parsèment un des seuls et un des plus incroyable roman sur la désobéissance civile.
Mais le premier ouvrage d’Edward Abbey restera dans les annales pour le souffle de vie qu’il transmet dans « Désert solitaire ». Abbey y raconte son expérience de ranger dans l’Utah à observer le monde incroyablement vivant du désert et à accueillir certains groupes de touristes consternés par ses conditions de vie (quoi ! vous n’avez pas la télé !). Les relations avec les animaux son cordiales, la traversée des sables mouvants comiques et la solitude immense.
Hymne à la nature sauvage et cri de colère face à l’avancée inexorable d’un simulacre de progrès, ce livre, comme l’oeuvre d’Edward Abbey ne laisse pas le lecteur indifférent quel que soit son regard sur notre monde. Le marcheur, le naturaliste ou le touriste peuvent voir là une réflexion fondamentale à mener sur notre approche de la nature sauvage et des espaces « incultes » qui lui restent.
Abbey est un passionné du désert, un contestataire et probablement un des meilleurs écrivains de et sur l’ouest américain.